Ce que m’a appris ce que j’ai laissé passer

Sur les occasions laissées en suspens, les saboteurs intérieurs et votre place sur scène.

foto Yan Liu — Unsplash
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Un banc, le printemps et une remarque inattendue

Parfois, la vie ne révèle pas ses leçons au moment de l’action, mais justement dans le silence qui s’installe entre deux. Assise sur un banc au soleil printanier, je laisse mon regard errer sur la nature qui s’éveille lentement de son sommeil hivernal. Qu’ils sont délicieux, ces premiers jours où tout recommence à circuler. Je laisse le temps s’arrêter un instant. Doucement, quelque chose en moi murmure : « C’est maintenant que la nouvelle année commence vraiment. » Et c’est précisément à ce moment-là, de nulle part, qu’une phrase tombe. Une phrase qui reste.

À côté de moi est assise une participante. Elle arrive presque au terme d’un parcours de formation intense de deux ans que j’accompagne. Il ne lui reste plus que son dernier travail, son travail personnel, le couronnement du parcours. La planche jetée au-dessus du gouffre. Pour certains, c’est ce qui fait la différence entre terminer et rester inachevé. Puis elle dit, sans la moindre hésitation : « J’ai tout ce qu’il me faut, mais je ne vais pas écrire mon travail personnel. »

Ses mots restent suspendus dans l’air. Non pas parce qu’ils se veulent dramatiques, mais parce qu’ils touchent à quelque chose de plus grand : le moment où l’on décide, précisément, de ne pas faire quelque chose.


À deux pas de l’arrivée

Cela me fait quelque chose. Je ne peux pas le nier. Cela a toujours été le cas. Le soleil n’a rien perdu de son éclat, les oiseaux ont continué à gazouiller et le monde a simplement continué de tourner. Rien de bouleversant, donc. Une piqûre d’épingle dans l’existence, peut-être même moins encore. Autrefois, j’aurais ressenti un pincement au cœur, j’aurais été quelque peu irritée, j’aurais essayé de convaincre la personne et je m’en serais tenue strictement aux termes de notre accord. J’ai dépassé ce stade. Je reste calme. Ancrée et même bien présente, sachant que les techniques de persuasion ne donnent que peu de résultats, voire aucun. C’est son choix, pas le mien. Ce n’est pas moi qui en porte les conséquences.

À propos du moment où l’on touche presque au but… et où l’on s’arrête malgré tout.

Foto Unsplash
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Le frein du dernier kilomètre

En tant que formatrice, et autrefois en tant qu’enseignante, je connais bien ce phénomène : quelqu’un qui s’arrête juste avant la ligne d’arrivée. Il me rappelle aussi toutes ces fois où, autrefois, je partais effectuer une mission quelque part dans le pays. Ce qui se passait alors peut servir ici d’image éclairante. J’étais souvent freinée à environ un kilomètre de ma destination. Des routes étaient en travaux, il y avait des déviations, des événements qui bloquaient l’accès, ou le GPS me conduisait vers un chemin forestier sans issue. Toujours ces derniers mètres, les plus difficiles. Une forme de panique m’envahissait. Parfois, j’avais envie d’abandonner et de faire demi-tour. Quelque chose me freinait juste avant la fin. Et c’est exactement ce qui arrive à beaucoup de gens. Dans les formations, aux examens, dans les grands comme dans les petits projets de vie.

Cela arrivait si souvent que je me suis penchée sur le « pourquoi ». Chaque fois, ces quelques dernières centaines de mètres. C’était comme si quelque chose restait juste hors de ma portée. La ligne d’arrivée était presque à portée de main, mais je n’arrivais pas tout à fait à l’atteindre. Il me manquait une pièce du puzzle. Une information qui faisait défaut et dont j’avais besoin pour franchir le dernier pas sans obstacle. Cela me décourageait. J’ai appliqué cette image à un thème personnel qui touchait à une vérité profonde. Pour moi, les deux étaient liés. Comme une métaphore qui, d’un côté, m’encourageait, car j’y étais presque, mais qui, de l’autre, rendait épuisant le fait de chercher à tâtons, dans l’obscurité, la pièce manquante. À mesure que je trouvais davantage de paix dans ce thème de la vérité, les obstacles bien réels sur la route de mon but disparaissaient. Une prise de conscience importante doit encore être intégrée avant que le dernier pas puisse être franchi : une peur qui prend les commandes doit être regardée en face.

Laisser en plan, c’est laisser passer des occasions.


Introspection

Même si je reste calme quand quelqu’un abandonne, cela me fait quelque chose. Fidèle au principe « appliquer soi-même ce que l’on dit aux autres », j’ai tourné mon regard vers l’intérieur pour explorer ce qui me touchait. Dans une telle formation, je suis présente à cent pour cent pour mes participants et pour leur croissance. Je les accompagne, les inspire, les motive et les mets en mouvement dans leur processus pour atteindre leur plus haut potentiel. Ce qui m’anime, c’est de voir leur processus se déployer et de voir les participants repartir plus forts qu’à leur arrivée. Est-ce que j’attends d’eux le même élan ? En ai-je le droit ? Non. Je ne peux ni ne dois attendre d’eux le même élan. C’est un exercice dans lequel je suis devenue meilleure au fil des années.


Aveu : je plaide coupable

Le lendemain, je me suis réveillée avec une phrase qui se répétait tout bas. Je devais en faire quelque chose. Pas seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux qui abandonnent juste avant la ligne d’arrivée, ou peut-être même plus tôt. Sans que je leur demande quoi que ce soit, mes pensées ont fait remonter une liste de choses que je n’ai moi-même pas encore terminées. Des choses que je laisse « en plan ». On finit par trébucher dessus. Elles ne disparaissent jamais. Il y a par exemple un livre dont j’ai écrit les trois quarts. Il sommeille quelque part, vous trotte dans la tête et, au moment où vous vous y attendez le moins, il resurgit soudain à travers les questions des autres : « Tu ne devais pas écrire un livre ? » Et pourtant, il y a des raisons pour lesquelles il n’est pas terminé. Que ces raisons soient légitimes ou non, c’est une autre affaire. Je les avance comme si elles l’étaient, mais au fond de moi, je le sais : elles n’ont plus aucune valeur.

C’est dans l’achèvement que se rejoignent la force, l’estime de soi et la paix intérieure.


La chercheuse

Lorsque j’observais pourquoi je ne menais pas certaines opportunités à terme, je me retrouvais face à de forts sentiments d’inconfort. Un malaise intérieur, une peur paralysante dont, autrefois, je ne connaissais pas l’origine. Quelque chose qui me coupait le souffle. Ce que je savais, en revanche, c’est que ce sentiment faisait tout pour qu’à un moment donné, j’abandonne.

Je suis un être curieux et une chercheuse. Je cherche jusqu’à trouver une réponse qui me satisfait. Et cette réponse, je l’ai trouvée… chez les élèves.

Ce qui se passe chez les élèves se passe aussi chez vous.

Bien sûr, il peut y avoir des circonstances extérieures qui vous retiennent, mais dans la plupart des cas, il s’agit de votre état d’être intérieur. J’ai pu bien l’observer au cours de ma carrière d’enseignante dans le secondaire. Ce qui se passait chez les élèves se passe probablement aussi chez vous. Imaginez un examen, quelque chose que nous connaissons tous. Avant même que l’examen ne commence, certains élèves ont déjà abandonné. On le voit à leur corps et à ce qu’ils dégagent, on l’entend dans ce qu’ils racontent, même s’ils ne le disent pas littéralement. On le retrouve dans le manque de profondeur ou l’absence d’engagement tout au long de l’année scolaire.

Ce que j’ai appris avec mes élèves.

Je voulais emmener chaque élève vers un beau résultat, parce que je croyais en eux et aussi parce que je voyais que leur potentiel était plus grand qu’ils ne l’imaginaient eux-mêmes. Comment leur faire comprendre qu’ils ne devaient pas abandonner ? Au tableau est né un dessin qui montrait ce qui leur arrivait juste avant les examens. C’était un dessin simple, né sur le moment, mais qui valait la peine d’être dessiné. Le moral des élèves est remonté et, chez la plupart d’entre eux, une petite flamme s’est éveillée, qui les a amenés à aborder les examens autrement. Ce fut une initiative réussie, avec pour résultat de meilleures notes à rapporter à la maison. Mais bien plus important encore, il y a eu l’euphorie qui a suivi. Le bon sentiment qu’ils éprouvaient et la meilleure image d’eux-mêmes qu’ils emportaient chez eux. Une belle fierté, pour eux comme pour moi !

Terminer est un acte de force.


Le gouffre profond et la planche étroite

Si, en tant qu’élève, vous vous êtes suffisamment engagé pendant l’année scolaire, vous pourrez aborder vos révisions pour les examens avec un investissement sain. S’ils ne l’avaient pas fait, c’était comme s’ils se trouvaient, avant même le départ, face à un gouffre profond. J’ai dessiné au tableau ce que je voyais : un gouffre profond. Il paraissait infranchissable. Derrière lui, la montagne qu’ils devaient gravir jusqu’au sommet. Le courage leur manquait. Ils préféraient tourner les examens en dérision ou afficher une attitude de désintérêt. Malgré leurs airs de durs, leur image d’eux-mêmes en prend un coup s’ils échouent ou obtiennent de mauvaises notes. À terme, cela détermine votre bien-être. Et si nous posions une solide planche au-dessus du gouffre ? Et j’ai dessiné une planche. La planche représentait la décision de ne pas abandonner, ce moment intérieur où l’on se dit : « Je le fais quand même. » Au fond, le plus dur est alors déjà derrière soi. Puis commence l’ascension vers le sommet de la montagne. Quand les élèves regardaient le sommet, ils avaient de nouveau tendance à abandonner. Je les encourageais à monter une marche à la fois. À lire la première page. J’ai dessiné la marche. Et à ne passer qu’ensuite à la suivante, sans sprinter. Quand on se promène en montagne, le sommet disparaît parfois lui aussi derrière les arbres. À chaque marche, ils se récompensent d’une tape sur l’épaule pour ce petit succès. Quand ils regardent en arrière, ils voient le chemin déjà parcouru. Ce n’est pas rien. À chaque pas, le but se rapproche. Profitez du voyage. Ne laissez rien en plan, mais continuez. Au sommet attend l’examen tant redouté, qui l’est moins que d’habitude parce que les étapes préparatoires ont été franchies. Après l’effort vient la détente et, sur le dessin, on voit les élèves descendre joyeusement la pente de l’autre côté de la montagne. Puis vient la récompense ultime. Le podium des résultats et de l’estime de soi. Les élèves se sont dessinés eux-mêmes sur le podium, avec un trophée ou une couronne autour de la tête. En menant les choses à terme, tout est proprement rangé. Il ne reste aucun fil qui traîne.


Pourquoi vous arrêtez-vous avant la ligne d’arrivée ?

La résistance juste avant la ligne d’arrivée est un phénomène bien connu, tant en développement personnel qu’au niveau systémique.

Souvent, ce qui est en jeu :

  • La peur du changement : si vous terminez quelque chose, cela signifie que quelque chose a réellement changé.
  • Le doute quant à sa propre valeur et à son image de soi : « Je suis quelqu’un qui ne termine rien » est plus sûr que « Je suis quelqu’un qui va au bout des choses et qui devient ainsi vraiment visible ».
  • La peur du succès : si vous montrez que vous en êtes bel et bien capable, il vous faut aussi être à la hauteur. Et ensuite ?
  • La loyauté envers (quelqu’un de) votre système familial, où « ne pas terminer » était la norme.

Vous laissez quelque chose en plan parce que terminer signifie changer.


Un exercice systémique pour mener à terme : posez-vous le toit sur votre maison ?

  1. Notez trois choses que vous avez commencées, mais pas terminées.
  2. Choisissez-en une. Prenez un moment pour vous asseoir avec elle et posez-vous les questions suivantes :
  • Qu’est-ce qui fait que je ne termine pas (encore) ceci ?
  • Que pourrait-il se passer si je le terminais vraiment ?
  • Qui, dans mon système familial, n’a pas pu mener quelque chose à terme ou avait du mal à terminer ?
  • À qui ou à quoi est-ce que j’essaie de rester fidèle en ne le terminant pas ?
  1. Imaginez ensuite que vous le terminez malgré tout. Que ressentez-vous ? Qu’est-ce qui change ?
  2. Terminez par une première petite action. (un coup de fil, écrire une page, ouvrir un dossier).

La ligne d’arrivée est à portée de main. Faites ce seul pas.

Foto Getty images — Unsplash
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Pour conclure : aucune personne sensée ne laisse son toit inachevé

Aucune personne sensée ne songerait à laisser le toit de sa maison inachevé. Pourquoi, alors, renonceriez-vous à achever au tout dernier moment une maison, sous la forme d’un projet auquel vous avez longtemps travaillé ? Vous savez que la finition vous procurera un sentiment de fierté et de satisfaction. Vous savez que ce n’est qu’à ce moment-là que quelque chose est réellement accompli. Car ce que vous laissez traîner finit un jour par vous barrer la route. C’est un schéma que vous retrouverez très certainement dans d’autres domaines de votre vie. À la longue, tous ces fils qui traînent finissent par former une montagne infranchissable.

Hilde Van Bulck
Plus d’informations sur mon travail et mon offre : www.hildevanbulck.com

Hilde est facilitatrice en travail systémique et énergétique, forte de nombreuses années d’expérience dans l’enseignement, le travail des constellations et la conscience de présence. Elle aide les dirigeants et leurs équipes à transformer les situations problématiques en opportunités de croissance. Elle donne des formations, accompagne des personnes dans leur développement personnel et professionnel, et écrit sur la richesse de la vie, y compris ses paradoxes.

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